Une Église intériorisée et simplifiée

« De la crise d’aujourd’hui émergera une Église qui aura perdu beaucoup. Elle deviendra petite et devra repartir plus ou moins des débuts. Elle ne sera plus en mesure d’habiter la plupart des édifices qu’elle avait construits au temps de sa prospérité. Et étant donné que le nombre de ses fidèles diminuera, elle perdra aussi une grande partie des privilèges sociaux… mais malgré tous ces changements que l’on peut présumer, l’Église trouvera de nouveau et avec toute l’énergie ce qui lui est essentiel, ce qui a toujours été son centre : la foi en Dieu Un et Trinitaire, en Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, avec l’Esprit Saint qui nous assiste jusqu’à la fin des temps.

Elle ressurgira par les petits groupes, les mouvements et une minorité qui remettra la foi et la prière au centre de leur vie et expérimentera de nouveau les sacrements comme service divin et non comme un problème de structure liturgique. Ce sera une Église plus spirituelle, qui ne s’arrogera pas un mandat politique flirtant de-ci avec la gauche et de-là avec la droite. Elle fera cela avec difficulté. En fait, le processus de la cristallisation et de la clarification la rendra pauvre, la fera devenir une Église des petits, le processus sera long et pénible… mais après l’épreuve de ses divisions, d’une Église intériorisée et simplifiée sortira une grande force.

Les hommes qui vivront dans un monde totalement programmé vivront une solitude indicible. S’ils ont perdu complètement le sens de Dieu, ils ressentiront toute l’horreur de leur pauvreté. Et ils découvriront alors la petite communauté des croyants comme quelque chose de totalement nouveau : ils le découvriront comme une espérance pour eux-mêmes, la réponse qu’ils avaient toujours cherchée en secret… Il me semble certain que des temps très difficiles sont en train de se préparer pour l’Église. Sa vraie crise est à peine commencée. Elle doit régler ses comptes avec de grands bouleversements. Mais je suis aussi tout à fait sûr de ce qui restera à la fin : non l’Église du culte politique… mais l’Église de la foi. C’est sûr qu’elle ne sera plus la force sociale dominante dans la mesure où elle l’était jusqu’il y a peu de temps. Mais l’Église connaîtra une nouvelle floraison et apparaîtra comme la maison de l’homme, où trouver vie et espérance au-delà de la mort » (Joseph Ratzinger, Foi et Avenir, Paris, Mame, 1971).

Dimanche des Rameaux, 14 avril 2019

Le deuxième dimanche de la Passion est le dimanche des Rameaux. Les statues et les tableaux sont revêtus de voiles violets, ainsi que la croix de l’autel. La photo représente le choeur après le nouvel aménagement (il reste l’alimentation électrique à finaliser, les gaines sont en place).

Cette année, le chapelain a fait l’acquisition de 2 parasols chauffants pour permettre aux fidèles courageux de prendre part aux cérémonies du Triduum pascal.

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Le choeur rénové…

Un généreux donateur a permis de rénover le sol du Choeur en très mauvais état en s’inspirant du sol de la sacristie, sans doute d’origine.

Les terres cuites vernissées ont été fabriquées à l’ancienne – fait main – par les Terres cuites du Lubéron.

Elles ont été posées sur un lit de chaux par un artisan local.

Plusieurs photos seront mises en ligne sous peu.

Fernand Pouillon & l’art cistercien

Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y aura plus ; de pleur,  de crise et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. Apocalypse 21, 3 et s.

Extrait d’un grand in-folio de planches illustré des plans, façades et coupes de la Font Saint Joseph du Bessillon (diocèse de Fréjus-Toulon) édité en 1977 par les éd. Jardin de Flore, Paris, Place des Vosges.

Fernand POUILLON est l’architecte du monastère de la Font Saint Joseph du Bessillon ; il est également l’auteur du texte ci-dessous et du roman retraçant la construction de l’abbaye cistercienne du Thoronet, Pierres sauvages.

Plus que partout ailleurs, la vocation des moines maîtres d’œuvre s’expliquait de toute manière. S’il ne nous est malheureusement pas permis de connaître ces artistes et leur histoire, nous les sentons présents chaque fois que nous visitons les lieux où ils édifièrent jadis leurs chantiers. C’est avec émotion que nous évoquons leur présence et surtout l’idée maîtresse qui les anima. On a trop oublié à notre époque que l’édifice ressemblait à son maître. L’âme d’un architecte est semblable à ses œuvres : flatteuse comparaison pour l’époque des monastères, terrible vérité pour notre temps.

 

 

Comment accéder à la chapelle ?

Tous les dimanches et jours de fêtes, messe orientée vers le Seigneur à 11h00 dans la forme extraordinaire du rit romain et chant grégorien (lectures en français).

La chapelle est située en France dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dans le Haut-Var, à 600 m d’altitude, à 20 mn de Draguignan. En sortant du village d’Ampus, prendre la direction de Tourtour, rouler pendant 2 km environ, prendre à droite la D 49 en direction du lac Sainte-Croix, rouler de nouveau pendant 2 km environ, tourner à  droite à l’oratoire en bordure de la route, prendre la direction « Le Plan », passer devant une vieille bastide du XVIIIe siècle en ruine (le Moulin-Vieux), à l’embranchement suivant prendre à droite (ne plus suivre « Le Plan ») jusqu’au panneau à fond bleu indiquant la chapelle de Notre-Dame de Spéluque (boîte aux lettres avec chiffre 2001) desservie par un chemin pierreux légèrement en pente entre des champs pauvres… et au détour d’un bosquet, la chapelle romane enchâssée dans un écrin d’arbres multiséculaires.

Géolocalisation : 43° 37′ 25″ N, 6° 21′ 50″ E

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Photo Alexis Campo 20 octobre 2018.

La chapelle et son environnement sont réservés à la rencontre avec Dieu dans le silence.

Pèlerinage en famille

Pour les amateurs de marche à pied, il est possible de se rendre à Notre-Dame de Spéluque à partir du village d’Ampus par un itinéraire en boucle. Une petite randonnée pèlerine en famille… de 8 km et de 2h40 avec petits enfants.

Du bon usage de la lenteur…

La lenteur se reconnaît à la volonté de ne pas brusquer le temps, de ne pas se laisser bousculer par lui, mais aussi de ne pas nous oublier en chemin. […] Des arbres centenaires accomplissaient leur destinée siècles après siècles et une telle lenteur avoisinait l’éternité.

Pierre Sansot, Du bon usage de la lenteur, éditions Payot & Rivage, 1988

Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.

Blaise Pascal, Pensée, B139, Divertissement

De la patience

Ceux qui me connaissent savent que je suis impatient dans les petites choses : je ne sais pas attendre un autobus ! Je crois être patient dans les grandes choses, d’une certaine patience active dont je veux dire ici un mot. C’est tout autre qu’une attente vide, qu’une certaine faculté d’expectation chronologique. C’est une certaine qualité de l’esprit, ou plutôt de l’âme, qui prend sa racine dans la conviction profonde et existentielle, d’abord que Dieu mène le jeu et accomplit par nous un dessein de grâce, ensuite que, pour toutes les grandes choses, les délais de maturation sont nécessaires. On ne peut se dispenser de travailler avec le temps, à condition qu’il s’agisse, non d’un temps vide, mais d’un temps où il se passe quelque chose, à savoir la maturation de ce dont le germe a été confié à la terre. Cette patience profonde est celle du semeur qui sait que « quelque chose germera » (cf. Za. 3, 8 ; 6, 12). J’ai souvent pensé à la parole de saint Paul : « La patience engendre l’espérance » (Rm. 5, 5). (…) Ceux qui ne savent pas souffrir ne savent pas non plus espérer. Les hommes trop pressés, qui veulent tenir tout de suite l’objet de leur désir, ne le savent pas. Le semeur patient, qui confie sa graine à la terre et au soleil, est l’homme même de l’espérance. « A celui qui sait attendre, toutes choses finiront par être révélées, à condition qu’il ait le courage de ne pas renier dans les ténèbres ce qu’il a vu dans la lumière » (Coventry Patmore).
Yves CONGAR, o.p., Réflexions et souvenirs 1929-1973, Cerf, 1974

Photo : Martin FRY, 6 août 2010

Passer invenit sibi domum et turtur nidum, ubi reponat pullos suos…

Un couple de Huppes fasciées a fait son nid dans une cavité de la façade sud de la chapelle.
Un autre couple d’hirondelles a réactivé un nid fixé sur la voute de la chapelle.
Nous ne pouvons que fredonner la merveilleuse antienne grégorienne de communion du troisième dimanche de Carême dont les paroles sont tirées du psaume 83 : Passer invenit sibi domum et turtur nidum, ubi reponat pullos suos.

L’anti-activisme : Marie

Je pense que ce rapport entre le mystère du Christ et le mystère de Marie […] est très important en notre temps d’activisme où la mentalité occidentale s’est développée jusqu’à l’extrême. Car dans le monde actuel de l’esprit, seul prévaut encore le principe masculin : le faire, l’œuvre, l’activité qui peut elle-même projeter et produire le monde, qui ne veut pas attendre quelque chose dont elle serait ensuite dépendante, mais qui fait tout dépendre de son propre vouloir. Ce n’est pas, me semble-t-il, un hasard si, dans notre mentalité occidentale, masculine, nous avons de plus en plus séparé le Christ de sa mère, sans comprendre que Marie en tant que mère pourrait, théologiquement et pour la foi, signifier quelque chose. Tout le genre de notre rapport avec l’Église est marqué par là. Nous la traitons presque comme un produit technique que nous voulons projeter et fabriquer grâce à notre perspicacité et à notre dépense inouïe d’énergies ; et nous nous étonnons si alors intervient ce que saint Louis-Marie Grignon de Montfort a remarqué, d’après un mot du prophète Aggée : « vous avez semé beaucoup mais peu engrangé » chap 1, 6. Quand le faire se rend autonome, les choses qui ne sont pas à faire, mais sont vivantes et veulent mûrir, ne subsistent plus.

Il faut donc que nous échappions à cette exclusivité des perspectives occidentales et activistes pour ne pas dégrader l’Église en un produit de notre activité de projet et de création. L’Église n’est pas un produit fabriqué mais la semence vivante de Dieu qui veut croître et mûrir. C’est pourquoi l’Église a besoin du mystère marial, et elle est elle-même mystère marial.

Cardinal Joseph Ratzinger, Marie, première Église, Médiaspaul, Paris, 1998, pp. 12-13.